L’APPROPRIATION DU CONCEPT DE LA VALEUR AJOUTEE COMME CONDITION SINE QUA NON AU DEVELOPPEMENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

 

Le concept valeur ajoutée se retrouve vers le XIX siècle dans le recensement industriel des Etats Unis. Le cadrage historique nous enseigne que plusieurs Instituts de statistiques avaient consacré leurs recherches sur l’utilisation de ce concept dans les collectes et l’élaboration des données statistiques.

De suite, après la convention de Genève de l’année 1931, plusieurs pays membres de l’ONU, s’engagèrent à utiliser concrètement ce concept cher aux statisticiens, dans leur statistique économique.  

 

Par la suite, le concept de valeur ajoutée a également été vulgarisé et popularisé dans tous les pays développés, à travers une riche littérature de statistique économique.

La publicité la plus efficace pour ce concept a été faite par le développement grandiose des calculs du revenu national et des comptes nationaux en général, qui a eu lieu après la Seconde Guerre mondiale. La méthode de la valeur ajoutée est actuellement au niveau de la microéconomie par les entreprises, et au niveau de la macroéconomie par les comptables nationaux et les Instituts nationaux de statistique.

 

Aujourd'hui, l'expression valeur ajoutée n'est plus la propriété exclusive des statisticiens économistes. Les économistes, qui en ont d'abord compris l'essence, sont revenus avec des approches keynésiennes et postkeynésiennes pour s'en emparer, suivis de près par des spécialistes de la science de la finance.

Le passage de celui-ci du domaine des statistiques économiques au domaine de la fiscalité ne se fait pas attendre longtemps. Aujourd’hui on calcule la taxe sur la valeur ajoutée dans plusieurs pays.

 

Le rappel de ce concept, quasi oublié en République Démocratique du Congo revient dans l’actualité. Il nous renvoi au dumping opéré pour saucissonner la Gécamines, action argumentée et justifiée par la thèse   d’incapacité de réunir les moyens financiers requis pour l’exploitation de deux minerais stratégiques (cuivre et le cobalt).

 

Cette thèse nous indique que le pays est resté dans une logique de l’économie de rente minière du XIX siècle, caractérisée par l’absence de la valeur ajoutée dans l’industrie extractive.

 

La valeur ajoutée comme concept idéal de production. La valeur ajoutée est une grandeur qui ne concerne que les unités qui produisent des biens et des services, et est donc indissociable de la notion de production.

Nous résumons disant que la somme des valeurs ajoutées créées dans l’économie au cours d’un période définie forme ce qu’on appelle richesse ou produit intérieur brut (PIB en sigle).

 

Il n'y a pas de valeur ajoutée sans production, Celle-ci est une conséquence d’externalités de la productivité, variable décisive dans la production. La production ou transformation des matières premières est considérée comme un processus de création d’utilité.

 

Les biens et services produits par une entreprise ont une valeur plus élevée que celle des matières premières et auxiliaires et des services intermédiaires utilisés dans le processus de production. L’illustration d’une tasse de café vendu dans un bistrot à un consommateur et un sac de café brut peut servir de pédagogie (la tasse de café coûte plus qu’une confection emballée de 500 grammes).

 

Ce constat se traduit en disant que l’output a plus de valeur que l’input (matière première). 
La différence entre la production et l'intrant est précisément la valeur ajoutée, qui est donc une mesure plus appropriée de la part de la production réelle réalisée par chaque entreprise individuelle. Le terme production est attribué en passant dans l'usage courant à des agrégats de contenu différent. Et cela est vrai non seulement lorsque nous sommes en présence, pour ainsi dire, d'agrégats physiques de marchandises - production de 500.000 tonnes de cuivre, et aussi pour les agrégats de valeur, caractérisés par une conception économique de la production.

 

En réalité, la mesure de la production elle-même est statistiquement compliquée. Si l'on s'arrête pour mesurer la quantité de biens qu'une entreprise vend sur le marché, on est en mesure de dénombrer les biens qui se projettent physiquement hors de l'unité de production et on néglige ceux qui ont également achevé leur cycle de production, mais n'ayant pas encore trouvé d’acheteur, ils sont allés augmenter les stocks.

 

Le concept de la valeur ajoutée, au sens large est compris comme toute production qui attribue une utilité à un bien. Considérons l’exemple de la Gécamines qui extrait le cuivre en le transformant en fil électrique, sans un produit intermédiaire. Le fil de cuivre issu de cette transformation primaire est appelé valeur ajoutée de la Gécamines.

 

Un autre aspect de ce concept se manifeste lorsqu’on utilise un bien intermédiaire dans la production d’un bien final.

L’exemple que nous illustrons permet de comprendre l’importance de l’appropriation du concept valeur ajoutée, pour l’essor industriel de notre nation. L’illustration de la MIBA qui extrait et vend les diamants bruts est beaucoup pédagogique. L’extraction est simple avec les pelles mécaniques, mais sa transformation en produit fin, suit un processus linéaire articulé en quatre phases suivantes : clivage ; sciage ; débrutage et facettage.

 

Les quatre phases citées ci-haut constituent la création de la valeur ajoutée du diamant brut. Nous constatons que les procédures citées sont réalisées hors de la MIBA. La vraie valeur créée à l’extérieur est une richesse qui échappe la MIBA.

Le croquis, qui apparemment est réductif, mais il illustre comment nos matières premières contribuent à la création de la richesse hors de notre nation. Ce schéma illustratif résume l’anatomie des grandeurs de la macroéconomie, qui gravitent autour du produit intérieur brut. Nous précisons qu’il y a trois façons de concevoir le PIB d’une économie.

  1. Le PIB est la valeur en Franc congolais ou dollars des biens et services finaux, produits dans l’économie durant une période durant une période donnée ;
  2. Le PIB est la somme des valeurs ajoutées créées dans l’économie au cours d’une certaine période ;
  3. Le PIB est la somme des revenus distribués dans l’économie au cours d’une période donnée.

 

 

La troisième conception du PIB nous intéresse, et nous allons étoffer afin d’élucider l’intérêt de transformer les matières premières localement. Plaçons-nous dans un cadre purement microéconomique. Considérons une entreprise qui produit les diamants, cette entreprise produit et vend en obtenant un revenu, qui sert a payé ses consommations intermédiaires suivantes :

  • Une partie de reliquat de revenu est prélevée par l’Etat sous la forme de taxes sur les ventes (impôts indirects) ;
  • Une partie de ce revenu de l’entreprise sert à payer les salariés de l’entreprise productrice des diamants ;
  • Le reste de ce revenu va dans les caisses de l’entreprise (revenu du capital).

 

Dans cet exemple illustratif, nous constatons que la production locale engendre le travail et renforce les capacités financières de l’entrepreneur et une création de la richesse pour le pays.

L’appropriation de concept de la valeur est utile pour la croissance économique d’une nation.
Par croissance économique d'une nation, nous entendons une augmentation soutenue de sa taille en tant qu'unité économique. Pour utiliser une seule définition, utilisons celle de SIMON KUZNETS1. Il dit que le terme croissance indique un processus, résultant indirectement de l'application de forces chimiques, osmotiques et autres, par lequel la matière est introduite dans l'organisme et transférée à une partie de celui-ci. Par analogie, la croissance économique est introduite dans l'économie d'une nation et transférée d'une partie de celle-ci à une autre.

 

La pratique statistique définit plus explicitement la matière économique qui représente ce que les économistes désignent comme des ressources productives (biens naturels non reproductibles, tels que la terre ; gisements minéraux, fleuves et rivières, population, et richesse reproductible, sous la forme de tout type d'équipement, de stocks)2. Les économistes très souvent observent la nature et son fonctionnement pour expliquer un concept ou théorie économique. Ainsi, l’explication de la croissance est illustrée en observant l’anatomie humaine. La croissance d'un organisme serait mesurée par l'augmentation du poids, de la taille, du nombre de cellules, etc., la croissance d'une nation serait mesurée en termes d'augmentation de sa richesse et de sa population.

 

La compréhension de ce concept incorporé dans le PIB, stimule chaque nation indépendante économiquement, à privilégier une production nationale. Le produit intérieur brut est l'agrégat le plus approprié pour représenter la croissance productive des systèmes économiques à court terme. La valeur ajoutée est un agrégat différentiel de la production. Par rapport à la production totale, elle a l'avantage d'éviter la duplication de valeur liée à l'utilisation dans le processus de production de biens et services dont la production a déjà été comptabilisée parmi les actifs des autres entreprises. Il a également la propriété de correspondre à la somme des revenus constitués par la contribution apportée par les facteurs de production à l'obtention des biens et services dans lesquels il est incorporé.

 

Au niveau agrégé de l'ensemble de l'économie, il correspond exactement à la production finale du pays, et donc à la demande globale constituée par la consommation et les investissements. Bien entendu, dans les économies ouvertes, la composante étrangère est insérée dans cette égalité, représentée par l'équilibre entre l'exportation et l'importation de biens et de services.

 

Cependant, ce n’est qu’au niveau macroéconomique que la valeur ajoutée devient un agrégat décomposable en quantités et en prix, de la catégorie connue dans les statistiques avec le terme flux de matières premières.

 

Enfin, l’incitation à la création de la valeur ajoutée localement s’appuie aux avantages comparatifs et les modèles de Ricardo. La République Démocratique du Congo a un avantage absolu, tenant compte de la diversité de ses ressources primaires stratégiques. Elle doit se spécialiser dans les biens dans lesquels elle dispose le plus grand avantage absolu pour la naissance de son industrie.

 

 

 

1 Population, technologie, développement, Simon Kuznets 59 :1990, Il Mulino
2 Simon Kuznets 59 :1990

 


Conseils bibliographiques

Alvaro. G (1999). Contabilità Nazionale et Statistica Economica (Ed. Cacucci).
Guarini.R (1996). Statistica Economica (Ed. Il Mulino).
Kuznets.S (1990). Popolazione, tecnologia, sviluppo (Ed. Il Mulino).
Mucchirlli. J.L (2005). Relations économiques internationales (Ed. Hachette).
Séruzier.M (1996). Construire les Comptes de la Nation (Ed. Economica).

 Par Bangambe Bila Ambroise Statisticien Économiste Évaluateur

 

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