LA FIN DU FRANC CFA ET LE DÉBUT TIMIDE DE L’ECO, VONT – ILS FAVORISER LA CONVERGENCE VERS UNE MONNAIE UNIQUE AFRICAINE ?

L« Le vent qui souffle sur l’Afrique n’est pas un vent ordinaire », c’est un ouragan, telle est la citation de LEOPOLD SEDAR SENGHOR. Effectivement, il y a un vent nouveau, caractérisé par la prise de conscience des Africains, de leur condition de la pauvreté extrême, pourtant leur continent est riche en matières premières stratégiques pour la nouvelle technologie.


La création d’une zone de libre échange, qui regroupe la COMESA, la CAE, la SADC, la CEEAC et la CDEAO, et est un marqueur de la conscientisation des Africains à l’intégration économique future. La zone de libre échange est un grand marché du point de vue de sa démographie, qui à l’indice synthétique de fécondité de 6,1. La diversité de matières premières stratégiques et la fertilité de son sol à vocation agricole constituent les atouts pour le développement du continent.


L’indicateur le plus significatif du point de vue de l’économie monétaire est la fin timide annoncée du Franc CFA, qui concerne huit pays de l’Afrique de l’Ouest. Les six autres pays de l’Afrique Centrale utilisateurs de cette monnaie ne sont pas concernés, donc une dichotomie annoncée.


On observe que les deux zones utilisatrices du Franc CFA sont la CEDEAO et la CEEAC, et la discrimination effectuée pour commencer par les huit pays de la CEDEAO n’a pas une explication macroéconomique. Pourquoi deux vitesses dans l’acte d’abolition d’une monnaie utilisée par 15 pays ? Les concepteurs et le défenseur de relation décomplexée de la France avec l’Afrique ont une réponse à cette question pertinente.


De notre point de vue, la réponse à la question posée est contenue dans la lecture du cadrage historique qui explique la création du Franc CFA.


Le Franc CFA a été crée en 1945, et se métamorphose en Franc de la Communauté financière africaine après les indépendances de 1960. À sa création, tous les pays, actuels utilisateurs étaient colonisés sous le courant du capitalisme archaïque des années 1870-1960. On souligne pour les raisons historiques-économiques, que l’Europe se partagea l’Afrique comme un gâteau en 1885, suite à la Conférence de Berlin. Les colons de l’époque précoloniale étaient animés d’un sentiment civilisateur qui cachait le complexe de supériorité envers les structures indigènes.


En mettant les lunettes d’un lecteur économiste historien, on remarque l’existence de plusieurs modèles coloniaux contrastés ; d’où on observe les différences entre les colonies britanniques et les territoires coloniales françaises.


Les relations privilégiées entre la métropole et ses colonies reproduisaient, enfin, en partie l’ancien pacte colonial [(monopole du pavillon, polarisation des flux sur la métropole, protection des marchés coloniaux, surprix à l’importation et à l’exportation) ; Philippe Hugo l’économie de l’Afrique1993 :14]. L’annonce de la fin du Franc CFA exprimée le 21 décembre 2019 est une opération de maquillage politique, pour s’adapter aux circonstances actuelles.

 

L’épuisement progressif du modèle postcolonial était justifié par la fin de relations bilatérales au détriment des relations multilatérales qui masquées les premières, puisque la relation dite Francafrique contrôlait l’essentiel de l’économie monétaire, et mettait en place des instruments de politiques macroéconomiques.


L’épuisement de relations bilatérales entre la France et ses ex- colonies est le fruit de la mondialisation, de l’accès facile à l’information et de l’interdépendance entre les nations. L’anticipation rationnelle de certains décideurs politiques et les opposants au néo-colonialisme économique est la cause principale de la fin précipitée du Franc CFA et la création timide de l’ECO comme monnaie unique de la CDEAO.


La CEEAC utilise le même Franc CFA n’a pas été conviée à ce changement monétaire historique. De ce fait il sera impossible d’attribuer à la nouvelle zone monétaire, le qualificatif d’une zone monétaire optimale (ZMO) selon l’approche de Robert .A Mandel, si celle-ci sera créée en 2020. Du point de vue de la politique réelle, la nouvelle zone ECO ne pourra jamais être optimale par le manque de consensus entre les autres Etats de la zone Franc CFA surtout ceux de la CEEAC.


La dichotomie de la réforme provoque les incertitudes entre les pays utilisateurs de Franc CFA.
Décryptons le contenu de la réforme actée :


Ce qui change
- Le nom devient du Franc CFA ECO ;
- La fin du dépôt de réserve en France ;
- La France va se retirer des instances de gouvernance de l’UMOA ;
- La France ne nommera plus aucun représentant au Conseil d’administration et au Comité de politique monétaire de la - BCEAO, ni à la Commission bancaire de l’UMOA.


Ce qui ne change pas
- La parité reste fixée à l’euro ;
- La garantie par la France.


Cette dichotomie dans la réforme accentuée par le non respect de la démocratie participative présente, un scénario d’incertitude dans la mise en place de l’ECO. Les concepteurs de l’ECO enfantent un nouveau né mort.


La compréhension de la genèse de la monnaie unique européenne nous invite à une prudence devant l’enthousiasme facile. Certains auteurs comme Pascal Lamy disent que la construction européenne a péché dans sa dimension symbolique. L’union a été essentiellement technique et trop peu politique, la crise est donc avant tout une crise d’intégration [Regards croisés sur l’économie, 2012 : 10]. Certains auteurs sceptiques s’interrogent sur l’échec ou la réussite de l’euro.


La fin annoncée du Franc CFA est une aubaine pour la création de la monnaie unique africaine. Les erreurs commises pour la création de l’euro peuvent servir de leçon aux leaders Africains. Nous avons précédé depuis 2018, la rédaction d’un document ayant comme titre « l’aventure de la monnaie unique africaine ».


Cette aventure commence fortuitement avec la création de la zone de libre – échange continentale africaine. Cette dernière regroupe tous les pays africains membres de l’UA qui appartiennent aux différentes Communautés régionales. La création de la ZLEC est l’étape la plus importante de l’intégration africaine.


L’histoire de la naissance de la construction européenne nous assure d’être sur un bon itinéraire à condition d’éviter les erreurs de la monnaie unique européenne. En effet, l’intégration monétaire européenne a évolué à travers le processus d’intégration économique. Une Europe sans monnaie unique avait commencé par la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (C.E.C.A) entre la France et les pays de Benelux, La première étape franchie par l’Europe était celle de communautariser le secteur de charbon et l’acier pour en finir avec la dévastatrice rivalité entre l’Allemagne et la France (Michel Dévoluy, 2012 :11).


Le scénario d’une monnaie unique africaine est vraisemblable lorsqu’on effectue l’analyse de points forts, points faibles, les menaces et les opportunités qu’offrent une telle réalisation (analyse SWOT). La carte géographique du continent africain démontre que les grandes puissances de 1885 avaient commis une erreur d’omettre le dénominateur commun, qui est l’anthropologie sociale et culturelle des Africains. Cette dernière est le socle de la cohésion sociale des Africains.


Enfin on aura constaté dans ces lignes que, la fin timide et précipitée du Franc CFA, est considérée comme l’événement déclencheur de la mort de cette monnaie coloniale et le début du processus de la monnaie unique africaine, qui sera dans une zone monétaire optimale. Le concept d’une zone optimale monétaire vise à décrire les conditions dans lesquelles une zone géographique gagne à adopter une monnaie commune. L’introduction d’une monnaie unique a pour principal avantage de favoriser les échanger de biens et de capitaux. Elle entraine en effet une forte réduction des coûts de transaction et la création de la valeur ajoutée au niveau du continent.

 

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