Les perturbations économiques du XXI siécle 

Crise sanitaire, Relocalisation, Démondialisation et Récession

Nombreux sont ceux qui croient que l’avenir est caché derrière les rideaux ou murs de l’incertitude, et qu’il n’est pas possible de prédire avec certitude certains événements. Cette représentation allégorique est vraie en partie, puisque les macroéconomistes, concepteurs de modèles économétriques conçoivent les modèles mathématiques de prévision. La partie contradictoire concerne la prévision de certains événements, comme ceux liés aux impacts de l’actuelle crise sanitaire et ses conséquences économiques et sociales.


La crise liée à la pandémie Covid-19 est unique, c’est la première fois qu’une crise sanitaire déclenche une récession planétaire [Macroéconomie, Olivier Blanchard et Daniel Cohen, (2020 :549)]. La réalité et les vécus révèlent que le confinement de mi-mars a impacté les activités vitales de l’économie mondiale. La remise en cause et l’accusation de la mondialisation excessive a provoqué le sentiment anti mondialisation et relocalisation de la production de certains produits classifiés par aberration comme produits banalisés en Occident. Produire localement pour sauvegarder la valeur ajoutée nationale, la croissance et l’occupation devient le credo et le slogan des anti mondialisation.


La fin de la confrontation bipolaire, les obstacles politico-stratégiques (guerre froide), et par les biais de leviers de la révolution technologique dans les secteurs de l’information, des transports et télécommunications, ont fait disparaitre toutes les barrières à la globalisation et mondialisation des économies, notre planète est devenue un grand village.


Ėclaircissons les termes globalisation et mondialisations, qui sont habituellement employés au quotidien. Le premier terme est un anglicisme : il dérive du mot anglais global, qui signifie mondial. La globalisation serait alors le terme impropre pour définir la mondialisation (jean-Louis Mucchielli 1988 :96).


Quant à la mondialisation, il désigne un processus, d’intégration croissante des pays de la planète terre, qui se manifeste notamment par une augmentation du volume des échanges commerciaux et des mouvements de capitaux, résultant d’une baisse de coûts de transaction et de communication. Ce processus se résume par l’interdépendance entre les économies de notre planète.


Ce processus de mondialisation est caractérisé par l’interdépendance, les avantages comparatifs et spécifiques, et a provoqué la délocalisation massive des usines vers l’Asie du Sud Est et la Chine. Les centres de décision stratégique, conception et marketing stratégique sont restés dans les pays, jadis industrialisés.


La Chine devient ipso facto, l’usine poubelle du monde, la technologie est transférée à travers le modèle « usines clé en main ». Les lignes de production de grandes industries sont délocalisées à cause de coûts de production et la main d’œuvre qualifiée sans aucune protection syndicale. Les industries textiles sont les pionnières de la première vague de ce mouvement de transferts technologiques, suivi par les industries électroniques, pharmaceutiques et mécaniques automobiles.


Les entreprises délocalisées en Chine et dans certains pays de l’Asie du Sud Est ont suivi la théorie éclectique de Dunning, qui résume les motivations de la vague de la délocalisation (avantage spécifique, avantage à la localisation et avantage l’internationalisation). Cette vague, définit comme la deuxième phase de la mondialisation de l’économie internationale, s’aligne à la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo. Cette théorie se résume par cette affirmation : « Il est toujours avantageux pour les deux pays de commencer, à condition qu’ils se spécialisent dans le bien dans lequel ils ont le plus grand avantage absolu ou le plus petit désavantage absolu » [Jean- Louis Mucchielli, Relations économiques internationales, (Edition Hachette, quatrième édition) 2005 :39]

La deuxième mondialisation de l’économie internationale, comme l’a souligné l’économiste Jean-Louis Mucchielli, repose sur cinq pilastres de l’économie internationales suivantes :

  • La mondialisation des marchés des biens et des services ;
  • La mondialisation de la concurrence et l’apparition de nouveaux concurrents étrangers ;
  • La mondialisation de la technologie, avec une forte vitesse de propagation des innovations et la convergence des standards ;
  • La mondialisation des marchés financiers, qui se traduit par une forte croissance des investissements de portefeuilles ; et des déplacements massifs et instantanés des capitaux à court terme ;
  • La mondialisation des firmes et des industries, avec d’importants investissements directs à l’étrangers, des délocalisations, des accords de coopération et des alliances internationales.


La phase des délocalisations industrielles, argumentée par la politique environnementale des pays industrialisés est la raison fondamentale qui a accéléré la transformation de la Chine et certains pays de l’Asie du Sud-Est en usine poubelle du monde. Toutes les usines polluantes de pays industrialisés sont délocalisées et les centres de décision, de conception et marketing restent localiser dans les pays d’origine de la maison mère.


La crise sanitaire mondiale causée par la pandémie Covid-19 est l’élément catalyseur d’un sentiment de la recherche de l’indépendance industrielle et la souveraineté industrielle. Cette dernière a démontré les limites et le fiasco de la délocalisation massive de la production de certains biens de première nécessité, considérés comme produits banalisés. L’exemple de l’importation de matériels sanitaires comme les masques, les réactifs chimiques et certaines molécules pharmaceutiques de base est un indicateur de la dépendance industrielle vers la Chine. La crise sanitaire a agi comme révélatrice de mouvement de la prise de conscience de la relocalisation des activités industrielles.


Le retro pédalage ou relocalisation vers la maison mère de certaines unités de production ne se réalisera pas par décrets, ou encore mieux avec le patriotisme industriel comme le souhaite certains pays, jadis industrialisés actuellement désindustrialisés. La banalisation de la production de certains produits a provoqué la dépendance de certains biens élémentaires comme les masques sanitaires ou les réactifs chimiques utiles pour les laboratoires et officines pharmaceutiques.


La crise sanitaire actuelle se métamorphose en fluctuations économiques imprévisibles et irrégulières, qui constituent ce que les économistes définissent par le terme cycle économique dominé par la récession.


Le terme cycle économique est quelque fois source de confusion dans la définition exacte. Il semble suggérer que les fluctuations économiques suivent un schéma régulier et prévisible. On sait très bien que les fluctuations économiques ne sont pas régulières et, elles sont presque impossibles à les prévoir de manière précise. Le terme cycle économique dans ce contexte, met en évidence les modifications (les chocs de la demande et de l’offre) que peuvent subir les variables macroéconomiques. Nous soulignons qu’aucun modèle économétrique a les capacités de prédire une crise économique avec une probabilité certaine.


Les historiens économistes et analystes économiques confirment l’axiome selon lequel les indicateurs de tension, de l’offre et de la demande se situent dans une phase descendante du cycle économique devant un événement traumatisant comme la crise sanitaire improvisée.


L’activité économique durant l’actuelle crise sanitaire a connu une chute verticale et un déclin, qu’on ne saura quantifier à l’instant. Sa durée est inconnue est dépend directement de la découverte d’un vaccin antidote et les traitements thérapeutiques efficaces. Le manque de repère sur le comportement à adopter dans les lieux de production et milieu public crée la psychose sur la demande et l’offre, deux variables essentielles pour la dynamique économique d’une nation.


La lecture de l’histoire économique, conduit à avancer une hypothèse statistique basée sur les mouvements cycliques observés des années 1825 à 1939, en particulier aux cycles de Juglar.


Les fluctuations économiques de la période 1825 à 1939, indiquaient une diminution de PIB, l’augmentation de taux de chômage, hausse de l’inflation et autres indicateurs de tension économiques étaient tous affectés par ces mouvements cycliques.


Les confinements et autres mesures adoptées contre la pandémie de Codid-19, étaient quasi synchronisées mondialement, l’économie mondiale est au ralentie avec un impact négatif sur le PIB mondial. La chute libre et verticale de la variable PIB a impacté l’offre et la demande. L’économie mondiale a connu le choc de l’offre, qui se traduit par la réduction drastique de la capacité productive, qui est définie statistiquement par l’utilisation théorique maximale d'une machine, mesurée, par exemple en quantité de produit réalisable dans l'unité de temps ou en nombre maximal d'heures de travail pouvant être utilisées par une machine. Le deuxième choc combiné qu’a connu notre planète est celui de la demande ou la capacité des consommateurs d’acheter des biens et services.


La restructuration économique, la reconquête de la souveraineté économique et la relance des agrégats macroéconomiques deviennent le dénominateur commun des nations industrialisées et non industrialisées.


Les économies avancées, victime de leur politique industrielle aveugle, orientée au transfert de technologie de produits banalisés vers les NOUVEAUX PAYS INDUSTRIALISES en sigle N.P.I, se trouvent dans la nécessité de reconquête de la souveraineté et l’indépendance de produits jadis banalisés pour plusieurs raisons (environnementales et autres). La relocalisation industrielle et sa soutenabilité deviennent une condition sine qua non pour l’indépendance économique de certains pays industrialisés.


La reconquête de la souveraineté industrielle souhaitée par certains pays avancés économiquement, est un processus contraire à la globalisation et mondialisation.


Peut-on parler de la fin de la mondialisation et de l’interdépendance entre les économies ?
La relocalisation souhaitée pour l’indépendance économique, telle que prônée par nombreux pays industrialisés ignore la théorie éclectique de la firme internationale qui se fonde sur les avantages spécifiques, les avantages de localisation et enfin les avantages à l’internalisation d’une industrie. L’attractivité vers les la Chine est influencée par les variables structurelles et la présence d’une économie de la diffusion technologique, d’adaptation-imitation.


Le rétropédalage programmé ou souhaité ne s’effectuera jamais par un décret, mais par la révision des variables structurelles, la mise en œuvre d’une nouvelle politique industrielle et la reconsidération de la stratégie géo économique à adopter contre les N.P.I (Nouveaux Pays Industrialisés).


La crise sanitaire va-t-elle occasionnée la fin de la mondialisation ? La réponse est dichotomique car les raisons sont diamétralement parallèles et opposées.


Considérons les raisons d’un point de vue d’une firme multinationale délocalisée. La raison principale de la délocalisation de cette dernière serait essentiellement liée aux coûts horaires de main-d’œuvre trop bas, de la productivité à la hausse et sa capacité d’apprentissage rapide de la main d’œuvre. Bref, la firme poursuit la rentabilité de son capital investit.


Si, la nation est définie comme un espace économique, un circuit macroéconomique et un système productif, alors la souveraineté et l’indépendance industrielle seraient les raisons fondamentales pour son existence.


La fin de l’interdépendance économique entre les nations, et la conception de nouveau modèle de relations économiques internationales fondées sur les relations bilatérales ponctuelles mettront - elles fin à la mondialisation ?
Les multinationales sont quantifiées à plus moins 44508 et possèdent plus de 276660 filiales à travers le monde (Rapport de l’ONU sur l’investissement mondial, Genève 1997). Ces dernières s’installent en suivant la logique de la recherche de meilleures conditions d’offre et de la demande. En observant l’indicateur PE/PN, sachant que PE est l’acronyme de production étrangère et PN comme production nationale, on constate que la Chine attire plus les entreprises multinationales, transnationales et autres entreprises possédant 10% du capital dans les entreprises chinoises.


Le processus de la mondialisation concerne plus de 44 508 entreprises définies multinationales qui dictent le fonctionnement de relations économiques internationales en influençant les politiques publiques. Prédire l’avenir de ces dernières et la fin des interdépendances sectorielles, inter-industrielles et la mondialisation peut s’effectuer avec la méthode statistique de scénarios.


La matière première d’un scénario en économie est la connaissance de l’histoire économique. Les scénarios ne sont pas, ou du moins ne s’épuisent pas dans les prédictions mystiques ou magiciennes.


Nous nous trouvons devant un scénario binaire, construit sur le scénario optimal et moins optimal.


Le scénario optimal se fonde sur les comportements stratégiques des entreprises transnationales orientées à la recherche de la rentabilité de l’investissement.


Les multinationales font l’arbitrage entre les différentes composantes des couts en fonction de la localisation. Le nationalisme industriel n’influence pas le choix, qui est conditionné par la rentabilité de l’investissement.


Le scénario moins optimiste, conséquence de certaines mesures de confinement prises par tâtonnement contre la pandémie Covid-19, dresse un tableau constitué par la baisse du PIB mondiale et la hausse d’un taux de chômage mondial. Ce scénario moins optimiste accuse la mondialisation et plaide l’indépendance et la souveraineté industrielle. Ce deuxième scénario met en cause la dépendance aux importations d’équipements, produits médicaux et molécules essentielles pour les industries pharmaceutiques. Le long terme de ce deuxième scénario présente une récession mondiale et la paralysie des activités vitales de l’économie.


En conclusion, devant une récession qui paralysera les fonctions vitales du cadrage macroéconomique, il est approprié d’actionner la mécanique des plans de relance économique permettant d’augmenter la demande et l’offre. Cette dernière est le moteur de la production, de l’emploi et du revenu, telle est l’approche de John Maynard Keynes. S’il faut ressusciter John Maynard Keynes, on se posera la question suivante, qui semblerait une rhétorique : « Comment sortir de la crise » ? Les économistes historiens associent Keynes à la grande crise des années Trente, bien que l’actuelle récession soit liée à la crise sanitaire. Son approche sert à contrer une récession et éviter une spirale de déflation qui prendrait racine dans un déficit de demande aigue, une politique budgétaire active et temporaire est donc nécessaire.

Bangambe Bila Ambroise Statisticien Économiste Évaluateur

 

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