LES PROBABLES ORIGINES DE LA DĖPRĖCIATION DU FRANC CONGOLAIS

La récente chute verticale du taux de change du Franc congolais par rapport au dollar est un sujet d’inquiétude populaire, parmi les opérateurs économiques, la population qui vit au taux de jour et les décideurs politiques toutes les tendances confondues qui s’interrogent sur la conjoncture économique.

L’analyse des origines de cette dépréciation à l’infini, nous poussent à relire la littérature de l’économie monétaire internationale, jadis étudiée à la faculté.

La théorie monétaire des relations économiques internationales est essentiellement de nature macroéconomique, et traite des problèmes posés par les déséquilibres de la balance des paiements, des différents régimes de changes, des problèmes de la liquidité internationale dans une économie monétaire.

L’interdépendance économique entre les différentes nations obligent l’ouverture des échanges entre ces dernières. Il est donc évident que les transactions commerciales entre les nations se fassent en échange de biens et services par les biais d’une ou l’autre unité monétaire(devises).

La présence de plusieurs unités monétaires exige le fonctionnement de l’économie monétaire internationale, et donc la constitution d’un marché des changes où les différentes devises sont achetées et vendues les unes avec les autres (Marché de Londres, Paris, Francfort, Tokyo, Milan, Zurich, New York ecce).

Cette représentation schématique, bien qu’elle soit simplificatrice nous amène droit au but des inquiétudes, qui se résument par la variation à la baisse du taux de change. Ce dernier est défini comme le prix d’une devise en termes d’une autre.

La littérature de l’économie monétaire internationale distingue deux modes d’exprimer le taux de change d’une monnaie. La première dite « incertain pour certain », traduit en anglais par price quotation system. Elle exprime le nombre de l’unité de devise nationale pour une unité de devise prise en considération. L’exemple pédagogique de 1600 Franc congolais pour 1 dollar USA. Cette fixation traduit que le taux de change est le prix de devise étrangère considérée en termes de la monnaie nationale. La deuxième, s’exprime en anglais par volume « quotation system » traduit par certain incertain, signifie le nombre d’unité de la devise étrangère considérée par une unité de la monnaie nationale. La deuxième méthode est le réciproque de price quotation system. L’exemple illustratif donne le réciproque de 1/1600 est égal 0,6250. Cette dernière définition exprime que le taux de change est le prix de la monnaie nationale en termes de devise étrangère.

Le taux de change est un indicateur, qui nous renseigne sur l’état de santé de notre monnaie, son comportement au niveau du marché monétaire international et les changements survenus au cours du temps. Les indicateurs monétaires sont nombreux, mais les plus importants sont : la quantité de monnaie actuelle et attendue, le taux d’intérêt, le niveau général des prix, la vitesse de circulation de la monnaie et le taux de change.

La dépréciation est un cauchemar pour un pays qui a opté la dollarisation de son économie (les transactions commerciales sont fixées en dollar et Fr parallèlement). La dépréciation d’une monnaie peut être voulue ou subie, en fonction de la politique commerciale (dévaluation compétitive). Le plus souvent, la dévaluation ou dépréciation est imposée par le marché qui ne demande plus (ou trop peu) une monnaie, mais, au contraire s’en défait car il estime défavorablement ses qualités monétaires (réserve de valeurs instables due à une inflation trop forte, rémunération des capitaux peu attractive, balance commerciale déficitaire.

Cette première lecture de l’économie monétaire internationale, donne la légitimité de se questionner sur l’essence de la Banque Centrale du Congo, et pourquoi a-t- elle tergiversé dans son intervention ?

L’essence de la BCC est le contrôle de la création des instruments monétaires aux fins de l’équilibre interne et externe de l’économie. Elle exerce les fonctions administratives en surveillant les banques commerciales et le système de crédit. Elle est la technostructure en matière de la politique monétaire, elle crée la base monétaire ou l’absorbe. D’une manière générale, la Banque Centrale influence, à travers des séquences causales complexes, le processus de formation des attentes rationnelles, la demande globale de biens et de services.


La Banque Centrale jouit de l’indépendance et l’autonomie opérative, afin d’intervenir à travers la politique monétaire expansive ou restrictive. L’illustration de modalité de ses interventions est pédagogique, puisque l’intention de ces lignes reste celle d’expliquer comment et pourquoi la Banque Centrale du Congo à actionner le levier de frein à la dépréciation de notre devise, qui semblerait une action tardive et éphémère.

Les interventions dont disposent la BCC se divisent en deux groupes : interventions directes à varier la quantité de monnaie ; interventions directes à modifier le taux d’intérêt et enfin les interventions administratives.

Les banques centrales de divers pays détiennent des réserves (actions en dollars, en or et autres devises pouvant être vendues contre la monnaie nationale) à vendre lorsqu'elles le souhaitent ou sont obligées d'intervenir sur le marché des changes. Qu'est-ce qui détermine l’intervention de la banque centrale dans un système de taux de change fixe ? Dans le contexte actuel, où le pays importe plus et exporte moins, la BCC est dans ses devoirs légitime d’intervenir, et certains indicateurs sont au rouge.


C'est la balance des paiements qui indique dans quelle mesure les banques centrales peuvent intervenir sur le marché des changes. Une définition adéquate de l'excédent et du déficit de celle-ci est nécessaire à de politique économique. La présence d'un déficit constitue un signal d'alarme pour les responsables de la politique économique, ce qui peut les conduire à prendre les mesures correctives jugées les plus appropriées. Les données de la balance des paiements du Congo, devaient constituées une sonnette d’alarme pour actionner l’intervention.


La question de l’intervention de Banques centrales sur le marché monétaire gravite autour de régimes de change. La compréhension de la naissance de régimes de change, nous amène à revisionner l’histoire de la création du Fonds Monétaire International, en sigle FMI. Tout débute avec le volontarisme de John Maynard Keynes. L’histoire économique de cette époque nous suggère à écrire ces lignes qui suivent.


Les propositions du plan Keynes font écho aux concepts sur l’ordre monétaire international, qu’il avait déjà exprimés lors de la réforme monétaire de 1923 en Angleterre et du traité monétaire de 1930. Ces propositions sont à la base de la naissance du s. En effet, en juillet 1944, des représentant de quarante-quatre pays se rencontrèrent à Bretton Woods, pour définir les grandes lignes d’un nouveau système monétaire international et d’un système de taux de change [(O. Blanchard et Cohen, Macroéconomie)2020 :479].

Nous distinguons deux régimes de change principaux, définis par le taux de change flexible et le taux de change fixe ou rigide. La BCC a opté pour le régime de taux de change fixe.


L’explication accordée sur les avantages et désavantages sur le choix se résume par ces deux constats :
Un pays qui effectue son choix sur le taux de change flexible a l’opportunité de manœuvrer son taux de change au besoin, pour améliorer ses exportations. Dans ce sens, il optera une dépréciation compétitive de sa monnaie pour réduire le déficit commercial ou sortir d’une récession. Si son choix est orienté au taux de change fixe, il perd l’instrument de manœuvre de politique monétaire.

Quel est le régime de taux de change suivi par la Banque Centrale du Congo, et pourquoi elle a retardé son intervention sur le marché de change ? Quel que soit le régime auquel le Franc congolais est ancré (change fixe ou flottant), les autorités monétaires disposent les marges de manœuvre dans la défense de la devise nationale.
Revisitons les différents régimes de change pour décrypter les aberrations de la politique monétaire.


Le problème du meilleur régime de taux de change fixe ou flexible a fait l'objet de débats animés dans les années 50 et 60, donnant également lieu à diverses propositions de régimes intermédiaires entre deux extrêmes. Il s'agissait d'un débat mené sur la base d'arguments essentiellement théoriques, puisque le régime des taux de change fixes établi à Bretton Woods était alors le régime en vigueur de l’époque considérée.


Le vieux débat sur les taux de change fixes-taux de change flexibles peut maintenant sembler dépassé par les évolutions économiques (mondialisation, nouvelle technologie d’information), puisque depuis le début des années 1970 le système monétaire international fonctionne sous un régime de flexibilité limitée (soi-disant fluctuation fausse). Nous avions eu l’opportunité d’effectuer une recherche sur la politique monétaire italienne des années 70, étude financée par Le Ministère italien de l’Université et recherche scientifique, et la Faculté de sciences statistiques de l’Université de Rome. La recherche réalisée avec la participation financière italienne consolide notre connaissance en politique monétaire, et constitue l’argument par rapport aux régimes de taux de change (L’Italie avant le Traité de Maastricht, sa monnaie subissait les dévaluations en continuation et le taux de change était aussi flexible).


En expliquant les principaux avantages et inconvénients des deux régimes, il est bon de garder à l'esprit que les arguments en faveur de l'un d'eux se transforment en arguments contre l'autre et vice versa.


Deux critiques visent le régime de taux de change fixe. En fait, il y a un effet de distorsion sur les marchés du fait que, lorsque la relation entre les niveaux de compétitivité de deux pays change, si le taux de change ne reflète pas ce changement, il arrive que des avantages supplémentaires soient déterminés pour les pays à monnaies plus stables, au détriment de pays avec un niveau d'inflation plus élevé. Les premiers vendent en effet leurs produits à des prix en hausse. Le pays à monnaie stable verra en revanche ses exportations de capitaux réduites et ses importations de capitaux augmenter, ce qui pourrait donner lieu à un développement déséquilibré entre eux. Enfin, une autre critique est que le maintien de parités fixes se traduit en fin de compte par l'utilisation de fonds publics pour absorber une partie inhérente aux transactions internationales des particuliers et implique donc un détournement des coûts et bénéfices sociaux.


À l'inverse, les avantages du taux de change flexible énumérés par ses partisans comprennent, en plus de la plus grande liberté accordée aux décideurs de politique économique. Cette position énumère les arguments suivants :

a) La plus grande efficacité de la politique monétaire : une politique monétaire restrictive, par exemple en déterminant un afflux de capitaux étrangers, aurait provoqué une appréciation du taux de change, dont les effets de contenir la demande intérieure se seraient ajoutés à ceux déjà en vigueur du fait de la hausse du coût de l’argent ; il en va de même dans le cas d'une politique monétaire expansionniste ;


b) La réduction du besoin de réserves, du fait que la couverture du déficit est largement assurée par les fluctuations des taux de change ;


c) Le plus grand isolement des prix intérieurs de l'évolution des prix étrangers, en ce sens qu'il aurait été possible de protéger la stabilité des premiers par une appréciation du taux de change par rapport aux pays à forte dynamique inflationniste. Plus généralement, le pouvoir isolant des taux de change flexibles contre les perturbations de nature réelle a été soutenu (le système des taux de change parfaitement flexibles maintient toujours l'équilibre de la balance des paiements - à condition, bien entendu, que les conditions de stabilité soient remplies).

 

Analysons les conséquences de la poursuite d’un régime de taux de change fixe.

  • En fixant son taux de change, la BCC se prive d’un puissant instrument de correction des déséquilibres de balance des paiements (les cinq dernières années cette variable est en déficit pour le Congo).

 

  • En s’engageant à fixer son taux de change, la BCC abandonne le contrôle de son taux d’intérêt. Et non seulement elle ne peut plus choisir le taux d’intérêt, mais elle doit en plus suivre les variations du taux d’intérêt étranger, au risque d’effets non désirés sur l’économie, qui est souffre déjà d’un dysfonctionnement structurel.

 

  • La politique monétaire est l’œuvre de la BCC, en qualité de technostructure du Gouvernement qui actionne la politique budgétaire, mais il perd par conséquent toute possibilité d’agir de façon autonome par une politique monétaire indépendante. Or, les cinq dernières années, la balance commerciale a enregistré les résultats négatifs, l’augmentation des dépenses gouvernementales pourrait stimuler l’économie et donc d’augmenter la demande et la production en créant un effet multiplicateur. Le pays est en récession, qui est mondiale à cause de la crise sanitaire.

 

Le débat sur le régime de taux de change que la BCC devra adopter est ouvert, puisque l’adoption d’un meilleur régime de change dépendra de la considération de variables structurelles du pays, les relations entre la balance des paiements (exportation-importation), les principales variables économiques et la carte géographique du commerce international du Congo. Pour le faire scientifiquement, il nécessite la construction d’un modèle économétrique avec plusieurs simulations et scénarios. L’explication et l’importance attribuée au recours de cet outil, qui est l’économétrie, se trouve dans sa définition. En effet, l’économétrie est un outil à la disposition des économistes statisticiens, il permet d’infirmer ou de confirmer les théories économiques. Dans le contexte du débat sur quel régime de taux de change que la BCC pourra choisir, il serait utile de formaliser les équations dont les variables sont les agrégats économiques.

 

 

Le tableau des agrégats macroéconomiques ci- dessus évidence deux colonnes soulignées en rouge. Les deux variables endogènes sont vitales pour la survie de la nation Le déficit ou l’excédent budgétaire agit alors comme stimulant ou comme frein en fonction de la conjoncture. Les raisons de ce déficit dépendent de la collecte de recettes fiscales. Il faudra impérativement assainir et maitriser les finances publiques. La variable balance de paiement est en déséquilibre de plus de cinq ans. Le tissu industriel a été détruit et non innové (absence de la compétitivité qui a impacté les termes d’échange international et la balance commerciale).

Les statistiques sur la production minière n’existent pas et la nomenclature de celle n’a jamais était rédigée par les autorités en charge de statistiques officielles.

L’analyse réalisée nous a permis de remettre en cause le régime de change, qui n’est pas adapté à un pays qui souffre d’un déficit en structure économique et par conséquent des avantages comparatifs.

L’adoption d’un régime de taux de change fixe exige que le pays soit compétitif, et doté d’un système productif efficient accompagné d’une meilleure politique industrielle. La dotation de matières premières stratégiques classifie la République Démocratique Congo, pays qui possède les avantages absolus, mais, s’aligner sur le sentier de taux de change fixe est un suicide économique pour les raisons suivantes (2) :

  • En fixant son taux de change, un pays se prive d’un puissant instrument de correction des déséquilibres de balance des paiements, ou de stimulation de l’activité économique ;
  • En s’engageant à faire à faire prévaloir un taux de change donné, un pays abandonne le contrôle de son taux d’intérêt. Et non seulement il ne peut plus choisir le taux d’intérêt, mais il doit en plus suivre les variations du taux d’intérêt mondial, au risque d’effets non désirés sur l’économie ;
  • Un pays adoptant un régime de change fixe conserve certes le contrôle densa politique budgétaire, mais il perd toute possibilité d’agir de façon autonome par une politique monétaire indépendante.

 

Enfin, le choix sur le régime de taux de change, devient un choix de la politique réelle du Gouvernement. Si l’autorité monétaire opte le régime de taux fixe, elle est obligée d’abandonner la politique monétaire comme instrument de politique macroéconomique, mais à quel prix ?

L’adoption de taux de change flexible, la Banque Centrale a la possibilité de disposer une politique budgétaire expansionniste qui a les effets bénéfiques d’augmenter le produit intérieur brut, d’augmenter le taux d’intérêt et une appréciation de la monnaie.

La littérature économique enseigne que toute décision de politique publique est dite rationnelle si elle évalue l’ABC (Analyse Coût et Bénéfice) des actions programmées. Une meilleure politique économique repose sur la disponibilité des informations quantitatives et qualitatives qui reflètent l’image d’une nation. Nous avons constaté avec amertume, l’absence dans la comptabilité nationale, les données de plusieurs années sur la production minière, les données sur les constructions des immeubles, sur le commerce. Le pays doit instaurer la culture de la statistique au niveau de l’Administration centrale, décentralisée et entreprises publiques productrice de la valeur ajoutée.

Les données non quantifiées de la production minière impactent négativement sur la balance des paiements du pays, et par conséquent le PIB.

Les vraies origines de la dépréciation actuelle se retrouvent dans la variable balance de paiements (en déficit depuis plus de cinq ans), la production minière inexistante ne figure pas dans la comptabilité nationale, et enfin le dysfonctionnement de la finance publique (douanes et impôts).

Pour enrichir les connaissances en relation monétaire internationale, on liste les régimes de change que les autorités monétaires peuvent ancrer la monnaie nationale, à condition de modéliser les variables macroéconomiques, élaborer la nomenclature des activités économique et les statistiques de production minière. Nous avons le taux de change complétement flexible aux parités glissantes, taux de change administré et taux de change flottants purs.

 

 

 

 (2) Macroéconomie, Olivier Blanchard et Daniel Cohen, 8ième Edition, Pearson 2020

 

Par Bangambe Bila Ambroise Statisticien Économiste Évaluateur

 

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